Le Fur : « La médiatisation est essentielle sinon comment voulez-vous faire naître des vocations auprès des jeunes femmes »
Sport feminin toujours Marie amelie le fur

Le Fur : « La médiatisation est essentielle sinon comment voulez-vous faire naître des vocations auprès des jeunes femmes »

Propos recueillis par Romain Beauvais

Interview.Pour la deuxième année de suite, le mouvement paralympique est associé à la campagne « Sport féminin toujours », organisée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Ce mardi matin au CSA, la toute nouvelle présidente du Comité paralympique et sportif français (CPSF), Marie-Amélie Le Fur, était présente pour rappeler le parallèle entre le milieu du handicap et celui du sport féminin. Car dans les faits, ils livrent le même combat : celui d’avoir une meilleure visibilité, et ainsi permettre aux jeunes femmes en situation de handicap de s’identifier à des rôles modèles. Aujourd’hui, ce n’est pas encore le cas car « le milieu du handisport reste très confidentiel » mais demain, cela sera possible, grâce à vous, les médias.

Marie-Amélie, pour la deuxième année de suite, le mouvement paralympique est associée à la cette campagne Sport féminin toujours. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
C’est important pour nous d’être présent pour le lancement de cette nouvelle campagne « Sport féminin toujours ». Aujourd’hui, le handisport fait partie intégrante du paysage sportif français. Finalement, cette problématique du manque de médiatisation, de reconnaissance, et de l’accès à la pratique handisport, est également présente dans le mouvement paralympique. Vous savez, on doit alors adopter notre modèle afin que les femmes en situation de handicap aient envie de pratiquer une activité sportive.

En étant une ancienne sportive de haut niveau et en situation de handicap, vous portez deux minorités sur les épaules. Comment le vivez-vous en tant que présidente du Comité paralympique ?
Ce sont des thématiques qui peuvent se traiter de la même façon. On a la chance que la représentativité des femmes dans les instances dirigeantes soit pleine et assurée. Pour rappel, il y a une femme à la tête de la Fédération française handisport (FFH), et moi-même, je suis la présidente du mouvement paralympique.

C’est un signe fort que vous envoyez au mouvement sportif olympique ?
On ne l’a pas fait exprès ! Cela nous permet sans doute d’adapter notre politique sportive à l’attention du public féminin.

« on a besoin que cette notion du héros, de l’athlète qui réalise des performances extraordinaires, soit montrée et valorisée entre les paralympiades. »

Où en est la médiatisation des athlètes handicapés ?
On espère augmenter la visibilité pour nos athlètes handisports, un peu comme dans le sport féminin. On veut également faire connaître davantage les sportifs en dehors des Jeux Paralympiques. Finalement, on a besoin que cette notion du héros, de l’athlète qui réalise des performances extraordinaires, soit montrée et valorisée entre les paralympiades.

Vous livrez alors le même combat que le sport féminin ?
La problématique du sport féminin dans le mouvement paralympique, nous la comprenons. On rencontre les mêmes difficultés que les sportives féminines concernant la visibilité de notre sport. C’est une problématique que l’on partage au quotidien. On sait alors que la médiatisation est essentielle, et importante, sinon comment voulez-vous faire connaître le chant des possibles, comment voulez-vous faire naître des vocations auprès des jeunes femmes si elles n’ont pas des héroïnes auxquelles s’identifier pour voir que la pratique est possible et accessible. Ainsi, à travers les images, les générations futures pourront se dire que d’autres femmes ont pu réaliser leurs rêves. Pour que cela reste possible, on a besoin de vous, les médis, pour relayer notre sport afin de faire vivre des émotions.

Cela veut dire qu’aujourd’hui, les générations futures ne peuvent pas s’identifier à des rôles modèles tels que vous ou d’autres sportives en situation de handicap ?
Ce n’est pas que les jeunes générations ne peuvent pas s’identifier à telle ou telle sportive, c’est que le handisport reste un milieu très confidentiel. Il faut agir sur différents leviers pour donner envie aux jeunes filles de pratiquer une activité sportive. La médiatisation de notre sport n’est pas le seul levier. Il y a encore beaucoup de questions à se poser pour développer le handisport en France.

Selon vous, quels sont les freins à cette médiatisation ?
Dans le sport loisir, on est presque à la parité. Et lorsque l’on arrive au niveau fédéral, on a moins de femmes. Cela me questionne… N’y-a-t-il pas assez de femmes dans la gouvernance du sport ? Cela veut dire que le milieu fédéral n’est pas adapté pour les femmes ? Pourquoi les freins fuient les clubs ? Je pense que la médiatisation n’est pas la seule solution. Il y a d’autres leviers à activer pour agir ensemble afin que le sport soit pour tous et accessible à l’ensemble de la société.

Quels sont espoirs pour aller vers une société plus inclusive ?
Avec les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, on espère une meilleure connaissancce du sport féminin et du handisport. L’objectif est surtout de développer l’accès à la pratique sportive pour une femme ou pour une personne en situation de handicap. Il faut donc de meilleures structures fédérales adaptées aux besoins des personnes les plus éloignées du sport.

Légende photo : La présidente du Comité paralytique et sportif français (CPSF), Marie-Amélie Le Fur, est attristée qu’on ait besoin d’une telle manifestation pour parler de sport féminin (Crédit photo : Ladies Sport)

Leave a Comment
Contactez-nous