Holtz : « On voulait rendre hommage aux grandes sportives de notre temps »
Julien Holtz

Holtz : « On voulait rendre hommage aux grandes sportives de notre temps »

Propos recueillis par Romain Beauvais

Entretien.Cela trottait dans la tête de Gérard Holtz depuis la sortie, l’an dernier, du livre sur le sport automobile. Cette année, l’ancien journaliste du service public a décidé de co-écrire, avec son fils, « Les 100 histoires de légende du sport au féminin », ce qui sera le sixième de cette collection. À cette occasion, et surtout à la veille de la Journée internationale des Droits des femmes, Julien Holtz nous a accordé un long entretien. Un brin sceptique au début, ses aprioris ont vite été enlevés après s’être longuement documenté sur le sujet. Avec lui, nous avons abordé les pionnières, comme Alice Millat ou Billie Jean King. Julien nous a également raconté des histoires originales, comme celles vécues par différentes championnes, et notamment Kathrine Switzer en 1967. Bien évidemment, ce livre est destiné aux passionnés mais il espère que le succès sera au rendez-vous et que l’éditeur réimprimera de nombreux exemplaires afin de continuer à changer le regard sur la place de la femme dans le sport, et dans notre société.

Julien, qu’est-ce qui vous a poussé à co-écrire un livre sur « les 100 histoires de légende du sport au féminin » ?
C’est mon père, Gérard Holtz, qui en a eu l’idée l’an dernier lorsque l’on a sorti celui sur le sport automobile. C’est le sixième ouvrage de cette collection. Cette année, on a sorti « les 100 histoires de légende du sport au féminin ». Pour être honnête, je ne me projetais pas beaucoup. Durant l’été dernier, j’ai multiplié les lectures sur le sexisme et sur les considérations sociétales autour du sport féminin. Je me suis rendu compte qu’on avait de quoi écrire de nombreuses histoires par rapport à l’évolution de la place de la femme dans le sport.

Le sport féminin rencontre des difficultés en termes de médiatisation, n’aviez-vous pas des craintes à l’idée de sortir un tel ouvrage ?
On ne raisonne pas au potentiel du marché. Sinon, on aurait sorti un livre sur le football car c’est l’année de la Coupe du monde. Au contraire, nous, on cherche à défendre des causes dans nos livres. En l’occurrence, nous, on voulait parler du développement du sport féminin, ainsi que de raconter les étapes par lesquelles sont passées les femmes pour l’accès à la pratique sportive. Bien évidemment, on ne pouvait pas passer, à côté, de l’exposition médiatique pour le sport féminin. On peut le voir avec le football féminin. Par ailleurs, le tennis réalise de superbes audiences, au mois de luin à l’occasion du tournoi de Roland-Garros. Il faut reconnaître que l’Euro de football et la Coupe du monde de rugby, l’été dernier sur France Télévisions, ont cartonné en termes d’audiences. Bien évidemment, il y a encore un gouffre entre les audiences pour le foot masculin et celui pour les filles. Mais cet écart se rattrape d’années en années. L’ancien président de la Fédération internationale de football (FIFA), Sepp Blatter, disait, dans un discours datant de septembre 1999, que « la femme est l’avenir du foot ».

Qu’espérez-vous insuffler avec ce livre ?
On espère, tout d’abord, rencontrer un succès populaire avec ce livre. On souhaite également toucher le public car on voulait rendre un vibrant hommage aux grandes sportives de notre temps, ainsi qu’aux pionnières, qui ont essuyé les plâtres. Pour qu’aujourd’hui, des athlètes comme Serena Williams ou Maria Sharapova soient des multimillionnaires.

« Le rôle de la femme reste toujours ce qu’il a été. Elle reste avant tout la compagne de l’homme, la future mère de famille, et doit être élevée en vue de cet avenir immuable. Voilà à quoi en 1901, Pierre de Coubertin, Baron misogyne et père de l’olympisme, réduisait la femme. Enfonçant le clou en 1912, pour lui, les Jeux Olympiques étaient l’exaltation solennel et périodique de l’athlétisme male avec l’applaudissement féminin pour récompense » Pierre de Coubertin.

En racontant de telles belles histoires, pensez-vous apporter un nouveau regard sur la place de la femme dans le sport ?
C’est à la fois, un livre historique qui replace les étapes de l’émancipation des féminines dans le sport. On raconte le parcours et le destin hors-norme de sportives d’exception. Dans cet ouvrage, 50% est dédié aux championnes, 25% aux pionnières qui se sont battues pour l’évolution de la condition de la femme dans le sport, et 25% est consacré aux scandales, et aux histoires de triches et de dopages. C’est la même recette que l’on utilise pour tous nos livres de cette collection. Ensuite, on est touchés lorsque les lecteurs nous disent qu’ils se sont mis à pratiquer une activité physique grâce à notre ouvrage. Finalement, on a pour objectif d’éveiller des vocations chez les jeunes femmes.

Qu’est-ce qui vous a le plus touché en co-écrivant ce livre ?
Il y en a quelques-unes savoureuses. Tout d’abord, le Baron Pierre de Coubertin, idolâtré pour avoir lancé les Jeux Olympiques, se révèle être un misogyne de première ordre. Je vais vous relire ce qu’il disait à l’époque. « Le rôle de la femme reste toujours ce qu’il a été. Elle reste avant tout la compagne de l’homme, la future mère de famille, et doit être élevée en vue de cet avenir immuable. Voilà à quoi en 1901, Pierre de Coubertin, Baron misogyne et père de l’olympisme, réduisait la femme. Enfonçant le clou en 1912, pour lui, les Jeux Olympiques étaient l’exaltation solennel et périodique de l’athlétisme male avec l’applaudissement féminin pour récompense ». Tout comme Pierre de Coubertin, Jules Ferry, père de la nouvelle éducation dans les années 1880, réduisait les femmes au simple rôle de mère reproductrice. Mais l’une d’entre elles s’est élevée contre Pierre de Coubertin. À partir de 1915, Alice Millat a fait preuve d’activisme. Elle a créé une fédération au niveau national avant de le faire au niveau international. Elle a fédéré les synergies pour organiser des Jeux Olympiques dédiés aux femmes. Par la suite, il aura fallu attendre 1928 pour voir les premières femmes aux JO d’Amsterdam. L’autre histoire qui m’a touché, c’est celle de Laurence Fischer. Elle est triple championne du monde de karaté. Depuis 2014, elle part régulièrement au Congo pour dispenser des cours de karaté afin que les femmes, victimes de violences de masse, puissent se réapproprier leur corps. C’est également une très belle histoire. Il y en aurait d’autres à vous raconter mais on va s’arrêter-là.

L’objectif est-il de mieux faire connaître ces championnes ?
Ce n’est pas un manuel scolaire tiré à plusieurs centaines de miliers d’exemplaires. Nous, on reste sur une parution de 10 000 livres. On a plus vocation à toucher les passionnés, oi des gens qui auront la curiosité d’ouvrir cet ouvrage. J’espère que ceux qui vont se l’acheter vont découvrir des histoires originales sur le combat des femmes.

Billie Jean King et la fameuse guerre des sexes

Justement, pouvez-vous nous en donner une ou deux ?
Kathrine Switzer avait, par exemple, rusé en 1967 pour prendre le départ du marathon de Boston. Cinq-six ans plus tard, les filles étaient admises sur cette épreuve. Il y a aussi Billie Jean King et la fameuse guerre des sexes. En 1973, elle a battu un homme dans un match officiel. La même année, elle est à l’origine de la fondation de la WTA, qui aujourd’hui défend le professionnalisme du tennis féminin. Enfin, la dernière chose, c’est que l’US Open avait mis en place, cette année-là, la parité des gains entre les femmes et les hommes.

Selon vous, la France est-elle encore en retard sur la pratique sportive féminine ?
Par exemple, on peut voir que dans l’équitation, 80% des licenciés sont des femmes mais lorsque l’on est à haut niveau, le pourcentage retombe à 20% pour les féminines. Excepté quelques déséquilibres , la pratique féminine s’est vraiment démocratisée. En revanche, on n’est plus dans la situation des années 1920 mais il subsiste des déséquilibres en termes de notoriété et d’argent. On peut voir cette comparaison dans le football. Les hommes ont des salaires mirobolants et les droits TV sont exponentiels. Alors que chez les filles, ce n’est pas le cas. Seulement deux clubs sont réellement professionnels (l’Olympique Lyonnais et le Paris Saint-Germain). On a finalement basculé dans des problématiques économiques, et non plus sur des questions liées à l’accès à la pratique sportive pour les femmes.

Infos pratiques :
Prix : 19,99€
Éditions : Collection Gründ Sport
Site internet : http://www.les100histoires.com

Légende photo : Julien et Gérard Holtz se mobilisent pour le sport féminin en sortant les 100 histoires de légende du sport féminin (Julien Holtz)

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