Landa : « On doit donner plus d’importance à l’activité physique afin de former les citoyens de demain »
Sylvain Landa Sport et citoyennete

Landa : « On doit donner plus d’importance à l’activité physique afin de former les citoyens de demain »

Propos recueillis par Romain Beauvais

Entretien. Le 5 septembre 2017, la ministre des Sports, Laura Flessel, a mis sur pied la Conférence permanente pour le sport fminin. Ce lundi 18 décembre, le Think Tank Sport et Citoyenneté a remis cette problématique sur la table en organisant un colloque sur le thème « Femmes et Sport, à quand l’égalité ? », à l’Université Paris-Didreot dans le XIIIe arrondissement de Paris. À cette occasion, son directeur-adjoint, Sylvain Landa, a accordé un long entretien à Ladies Sports.fr. Il n’a éludé aucune question et nous a dressé un constat saisissant concernant l’égalité entre les femmes et les hommes dans notre société. Bien évidemment, son objectif est de nous faire réflechir sur un nouveau modèle en matière de pratique sportive afin que tous les publics puissent pratiquer une activité physique dès le plus jeune âge. Le chemin est encore long. Le Think Tank Sport et Citoyenneté le sait bien mais a bon espoir dans l’avenir.

Sylvain, quels bilans tirez-vous de cette journée « Femmes et Sport, à quand l’égalité ? » ?
C’est un bilan très positif. Le matin, nous avons réussi à faire venir des personnalités du monde académique afin de faire un état des lieux sur ces questions d’égalité dans le sport. L’après-midi, nous avons eu un panel plus institutionnel. Ils nous ont permis de mettre ceci à l’agenda des pouvoirs publics. C’était très intéressant d’avoir des profils si différents afin de pouvoir avancer sur cette thématique. Nous sommes également contents car une centaine de personnes ont répondu présent sur l’intégralité de la journée.

Malgré un bilan positif, pourquoi avez-vous mis sur pied ce colloque ?
C’est un dossier que l’on traite depuis notre existence. Que ce soit à travers des publications, des rapports, du lobbying auprès des politiques, ou encore des actions de plaidoyer. C’est un sujet que l’on suit ce dossier dans la durée. C’est intéressant alors d’avoir des points d’étape comme la conférence « Femmes et sport, à quand l’égalité ? » pour remettre ce sujet à l’ordre du jour. On pourra voir s’il y a eu des évolutions positives ou non. Cela nous permet surtout de recentrer les parties prenantes sur l’importance de cette problématique.

Vous parlez d’évolution mais les politiques se sont-ils emparés de cette question ?
On ne peut pas dire que c’est un sujet qui est délaissé. Il est pris au sérieux par les pouvoirs publics. Bien évidemment, on peut toujours mieux faire. Mais en France, il y a des avancées grâce notamment à la promulgation de lois pour promouvoir l’égalité dans les postes à hautes responsabilités au sein des fédérations sportives ainsi que des actions autour de la médiatisation du sport féminin. À l’échelle européenne, cela évolue plutôt positivement.

« Il y a peu de connexions qui se font entre le ministère de l’Éducation nationale et les Fédérations sportives »

Aujourd’hui certaines populations sont éloignées du sport, comment fait-on pour que la pratique sportive soit accessible à tous ?
Il est vrai que certaines populations, comme les quartiers prioritaires de la ville ou les zones rurales, n’ont pas accès aux installations sportives. Par ailleurs l’offre sportive proposée par les clubs ne les concerne pas. Si on parvient à combler ces inégalités dans la pratique sportive, on ira vers une nation qui pratique davantage de sport.

Y-a-t-il une collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale pour aller chercher ce public dès le plus jeune âge ?
L’école est un levier important pour promouvoir l’activité physique. Il est nécessaire que
les établissements scolaires jouent ce rôle-là. C’est à nous de leur donner les clés pour avoir les bonnes pratiques dès le plus jeune âge, et qu’ils garderont tout au long de leur vie. Par exemple, cela passe par le fait de prendre son vélo pour aller à l’école plutôt que d’y aller en voiture. Il y a aussi des méthodes pour mettre le sport au cœur des apprentissages scolaires. On doit ainsi donner plus d’importance à l’activité physique afin de former les citoyens de demain.

L’école est un lieu incontournable pour la pratique sportive. Pourtant, les Fédérations ont des difficultés pour accroître leurs nombres de licencié(e)s au sein de leurs structures, comment l’expliquez-vous ?
Il y a peu de connexions qui se font entre le ministère de l’Éducation nationale et les Fédérations sportives. Il y a encore des passerelles à mettre en place entre ces deux structures. Je pense qu’il faut avoir un meilleur ancrage au niveau local afin que les clubs de quartier travaillent avec leur environnement territorial. Ils y gagneront beaucoup, je pense, en travaillant en synergie avec les établissements scolaires, médico-sociaux, ou encore avec les acteurs sociaux du territoire. Aujourd’hui, les clubs doivent s’inscrire dans cet écosystèmes sinon d’autres acteurs prendront leurs places.

Par rapport au modèle anglo-saxon, qui a la culture du sport, comment peut-on réussir à faire aussi bien qu’eux ?
Il y a encore beaucoup de travail pour y parvenir. C’est sans doute un problème culturel. On a un rapport au sport différent du modèle anglo-saxon. En France, on a souvent opposé le corps et l’esprit. Par ailleurs, on a toujours vu le sport comme un accessoire. Mais les choses sont en train d’évoluer. Maintenant, il faut se saisir de ces questions dans la perspective des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024. On a quelques années devant nous pour construire cet héritage afin de voir les JO comme un catalyseur pour promouvoir la pratique sportive, et d’enclencher des transformations notables dans nos modes de vie. Ce ne sera pas une mince à faire.

« Emmanuel Macron espère atteindre près de trois millions de licencié(e)s, d’ici la fin de son quinquennat »

D’un point de vue médiatique, avez-vous pu constater une évolution croissante en faveur du sport féminin ?
Plus de chaînes publiques et privées diffusent du sport féminin sur leurs antennes. Derrière, il y a une volonté des politiques ainsi que des médias. Il faut bien médiatiser le sport féminin. Si on en montre trop dans de mauvaises conditions, ce sera contre-productif. Il faut vraiment monter en gamme en termes de retransmission TV. Après, je pense que le téléspectateur suivra… Pour l’instant, les chaînes de télévision se focalisent sur certains événements phares. On en a un exemple parfait avec la diffusion de la finale du Championnat du monde de handball féminin sur TF1. Par la suite, je ne sais pas s’ils seront prêts à retransmettre des compétitions hebdomadaires. Pourtant, on gagnerait à montrer davantage du sport féminin à la télévision.

Quels sont vos attentes pour les années à venir ?
Il va y avoir de nombreuses transofrmations. Comme je vous le disais, les Jeux doivent avoir un impact sur notre société. Mais il faut aussi se poser la question de la pratique sportive. Aujourd’hui avec un simple smartphone, on peut se retrouver pour pratiquer une activité physique. Les clubs doivent alors se remettre en cause afin d’aller chercher ce public. Cela ouvre le chantier de l’avenir des Fédérations et des clubs. Surtout que le président de la République, Emmanuel Macron, espère atteindre près de trois millions de licencié(e)s, d’ici la fin de son quinquennat. Maintenant, reste à savoir où les fédérations vont aller chercher de nouveaux licencie(e)s. C’est un véritable enjeu de développement pour eux. On est à un tournant de notre société. On doit travailler ensemble a pour mettre sur pied un nouveau modèle autour de la pratique sportive.

Un jour, arrivera-t-on à aller vers une société inclusive pour tous ?
Bien évidemment, l’égalité entre les femmes et les hommes, dans notre société, reste un enjeu majeur de notre Think Tank. Mais on ne peut pas occulter le champ du sport dans ces questions. C’est l’un des secteurs d’activité qui réunit le plus de bénévoles. Par ailleurs, le milieu associatif est très dynamique dans ce domaine. Il est donc important de traiter ces questions d’égalité dans le sport. Pour y parvenir, chacun doit pouvoir pratiquer l’activité physique de son choix. Plus globalement, il faut également travailler sur l’emploi du temps de ces femmes car elles ont moins de temps pour se rendre au sport en semaine. Il faut avoir une meilleure répartition des tâches quotidiennes à la maison. C’est en levant ces freins, dans la vie en général, que l’on améliorera la question de la pratique sportive. Les efforts sont à poursuivre pour s’approcher de cette société inclusive pour tous.

Légende photo : Le directeur-adjoint du Think Tank Sport et Citoyenneté, Sylvain Landa (notre photo), voulait à l’ordre du jour la thématique sur la place de la femme dans le sport (Ladies Sports)

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